Dimanche 3 juillet 2011 7 03 /07 /Juil /2011 06:32

Coucou à vous,

Ca fait un bail, un terriblement long bail... 4 mois, il s'en est passé tellement depuis!

J'ai continué à ma place d'adjointe du calife à apprendre, apprendre, apprendre, commencé à sortir la tête de mes idéaux tellement prenants par moment... Eté sur le terrain, vu des bailleurs et autres décideurs, mis en place des projets, encore des projets... Me suis sentie bien, puis mieux encore à mener tout ça... Ai préparé mes premières vacances hors du pays avec une amie venant me rendre visite dans mon pays de travail, si si! Pour la 1ère fois... A la fois impression qu'il y a comme un voile qui va tomber, que peut-être la perception qu'elle avait de ma vie de mon travail de tout ici ne va pas recouvrer la réalité, en même temps c'est ça aussi la vie accepter et avancer... Ce fut fort fort cette visite et ça a coincidé avec l'offre de devenir calife tout court..., puis nous sommes parties en Floride! Quel décalage, quel choc! Miami et ses avenues Art Déco, les Everglades et ses crocos, Key West et sa barrière de corail en même temps que son fantôme d'Hemingway et ses étudiants en vacances de printemps et en gros lâchage, les outlets, les photos Hipstamatic, les restos aux portions de géant... Et une belle complicité, entente rare...

 

Puis les mois d'avril et de mai, la décision mesurée, ou pas finalement:-), de dire oui et de devenir calife de la grosse machine que je m'efforce de mener depuis 2 mois et quelques maintenant... Un nouvel apprentissage donc, d'une autre ampleur encore... De longues et passionnantes heures, de durs et durs moments, du doute, des sourires et des regards en biais aussi, se mettre dans cette nouvelle peau, traverser des zones d'ombre et de lumière... Et toujours ces idéaux, cette révolte devant les conditions de vie que je vois, cette admiration de la force des Haïtiens, de cette façon de se tenir droit malgré tout...

Des anecdotes aussi comme ce décideur connu comme de caractère difficile parmi les décideurs, et aussi respecté pour son engagement humanitaire affiché haut et fort, qui au détour d'une réunion stratégique, me dit "Oh ça non je ne me m'inquiète pas, vous n'avez pas le profil de quelqu'un qui finit par oublier ses idéaux!"

 

Des moments à me laisser un peu vivre aussi:-), danser la salsa, passer du temps avec un qui me fait du bien, beaucoup de bien, même s'il part trop vite du pays, les discussions avec les amis et les éclats de rire par Skype entre Kaboul, la frontière iranienne avec les chevaux bloqués, Téhéran, Paris, Kiev, Beyrouth, Freiburg, Zürich, Condé, Verneuil-sur-Seine... Nager dans les eaux turquoises de la mer des Caraïbes, s'éblouir en offrant ses yeux au soleil de ce pays, rêver devant les étoiles et dans la brise du soir, acheter un tableau qui n'a pas quitté mes yeux depuis plusieurs mois et qui coûte la bagatelle de plus d'un mois de salaire, est-ce qu'on ne vit qu'une fois?:-), oui on ne vit qu'une fois, des moments durs aussi avec une grande douleur d'amitié, finalement qu'est-ce qu'être vraiment adulte sinon accepter aussi ces blessures d'enfance qui régissent aussi ce que nous sommes, parfois je sombre et ne vois que mes zones d'ombre... Du noir quand des bénéficiaires ou des membres de nos équipes décèdent, des creux au coeur du fait même d'être dans ce pays et de ne pas se voiler les yeux... L'immense soleil quand j'apprends que je vais être tata en décembre, cette bouffée d'amour immédiat inconsidéré présent là tout de suite et ce dialogue qui commence avec cet être à venir... 

Juin arrive que je passe principalement à Paris... Des réunions, de l'apprentissage beaucoup, des rencontres intéressantes et souvent un peu les projecteurs braqués sur Haïti à travers ma présence... Des moments de lumière avec la pluie de bébés de mes amies, Gabriel, Octave, Philomène, la joie de voir Yaël et Mona grandir et de parler longuement à Solène grande fille de plus en plus, le bonheur de passer du temps précieux avec les amis, la famille et avec le même un... Petit-déjeuner Hermé, admirer Redon et Bonnard, sentir l'odeur de l'herbe après la pluie en Normandie, la fouler, humer les étoiles de la nuit.... Et rentrer, retrouver les 450 employés et 45 expats, dépasser le classique syndrome de blues du retour, penser à soi autant que possible tout en se donnant pour que ça avance au mieux avec des moyens parfois pas suffisants...

Juillet à présent est là, je suis aux Gonaïves pour une vraie semaine, cela faisait tellement longtemps que je n'avais pu venir ici autrement qu'en coup de vent, n'ayant toujours pas d'Adjoint et ayant aussi beaucoup d'obligations dans la capitale... Maintenant que la saison des pluies a commencé, le choléra reprend... La saison des cyclones arrive elle aussi, à préparer donc pour pouvoir réagir... Tout en prenant de la hauteur et en faisant l'exercice annuel de se projeter sur 2012 et au-delà... Journées chargées et denses donc au cas où vous en doutiez encore:-)

 

Un petit extrait de chanson (une fois n'est pas coutume) pour terminer sans n'avoir rien à voir:-) et vous donner une parmi tant de paroles chantées, imprimées, dites, écrites qui m'accompagnent...

"A chacun sa ruée vers l'or, j'accélère à travers la brume
Puisque mon temps est limité, mes choix doivent être à la hauteur
C'est toujours la même chevauchée, on vise la lueur droit devant
De l'ombre ou de la lumière
Lequel des deux nous éclaire"

 

Je vous embrasse et vous souhaite un bon premier dimanche de Juillet!

Cha

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Samedi 26 février 2011 6 26 /02 /Fév /2011 01:47

Coucou à vous,

 

Presque la fin du mois de février et tellement à raconter depuis le début de l'année, ma prise de poste, quelques bas, des hauts aussi, du terrain et du bonheur, un rythme qui se trouve, des liens qui se font... Et tellement plus encore! Aujourd'hui j'ai passé du temps dans les blocus (le nom ici pour les bouchons) car oui, j'ai été à des réunions à l'extérieur, j'ai rencontré des nouvelles têtes, j'ai ouvert la fenêtre MOP vers d'autres perspectives, problématiques et débats... Bref, je ne dévie pas de mon sujet d'embouteillages pour vous parler de travail, ce n'est pas l'espace pour:-) même si ça constitue une grosse partie de ma vie, mes réflexions, mon temps ici! Je suis donc dans la voiture avec Guy, petit jeune cool et chauffeur pour nous, qui me dit qu'il s'appelle Guy comme gui en français, mais qu'en fait il faut prononcer à l'anglaise: gaille donc:-), bref il est cool! Et ce qui est toujours drôle (et parfois un peu agaçant aussi à la longue, il faut bien le dire), c'est que les Haitiens adorent la musique. Il y en a toujours, partout, tout le temps, et il y en a donc dans la voiture avec Gaille qui me dit: Tu vois là, c'est du kompa, du jazz kompa en fait, tu entends?

Alors en deux mots, bon le jazz on connaît, mais le kompa? Eh bien, il s'agit d'une musique pour danser, à la frontière entre zouk et salsa, aux rythmes entrainants et répétitifs. Ici, c'est une religion, il y a des concerts de kompa partout, le vendredi soir dans certains quartiers c'est vraiment la fête de la Musique à s'en casser les tympans, et il y a donc des sous-familles de kompa, ce que m'expliquait Gaille tout à l'heure. Euh, honnêtement je ne perçois pas vraiment la différence... Ce qu'il faut noter aussi, c'est que certains groupes sont à la fois extrêmement populaires et pourtant très accessibles. J'ai assisté dans mes premières semaines ici à un concert de RAM, groupe mythique ici, avec une facilité étonnante: on buvait un verre dans un endroit permis ici, un vieil hôtel suranné que j'adore, peu à peu la salle s'est remplie, on a poussé les tables, les chaises et une foule s'est formée, la musique a commencé et là une fièvre s'est emparée de la salle: RAM en live! Une ambiance particulière: c'était à la fois plein d'énergie, d'une sensualité toute caribéenne, complètement bon enfant, et surtout très joyeux. Ca me paraissait -à moi qui étais encore à ce moment encore en quelque sorte "écrasée" par ce que je voyais, entendais, comprenais tous les jours- complètement impressionnant, cette force de vie presque primale, cette capacité à se lever, à vivre, à danser, chanter, sourire dans ces champs de ruines, juste après le cyclone Tomas et dans les premières semaines du choléra...

J'en reviens à la session de jazz kompa dans les blocus avec Gaille qui m'informe qu'il y a un concert d'un super groupe ce soir en ville dans un club où si, si, y a plein d'étrangers et pas de problème sécu, et pourquoi tu viendrais pas, tiens ce serait sympa que tu viennes, et moi de lui dire est-ce bien dans la zone verte parce que sinon pas possible et lui, euh c'est quoi la zone verte... Le dialogue s'est arrêté là... Décalage entre mes règles sécu et la vie qui va. Le même jour, l'après-midi, je reprends la voiture et cette fois-ci, Gaille écoute du zouk. "Tu connais, c'est du zouk, du zouk love!" Ouh là, j'avais bien noté les paroles sentimentales et limite sirupeuses, la voix "de chambre à coucher" comme disait ma chère grand-mère:-) mais de là à faire encore une sous-famille, je suis épatée par ce raffinement tout haitien! Et je trouve le décalage assez drôle entre ce gars cool, habillé à l'américaine, pantalon large, démarche de chanteur de rap, lunettes noires, chaîne autour du cou et regards par en-dessous et chantant à tue-tête Je te suivrai où ton chemin ira (sic), où vas-tu my love, pourquoi tu ne m'as pas attendu etc etc:-).

C'est un exemple parmi d'autres tout aussi étonnants pour nous Français: les Haitiens adorent nos chanteurs "ringards" comme Sardou, Lama et autres. Ils connaissent par coeur "Maman je t'aime mais je pars" (d'ailleurs, la chanson a été diffusée lors de la dernière fête de départ d'expats, on se retenait pour ne pas glousser de rire et les mines hyper sérieuses et profondes de nos collègues haitiens nous ont calmés) ou "les lacs du Connemara", qui me rappellent les trajets de vacances avec Papa et Fred, ça fait donc un vrai bail...:-)

Et je suis rentrée au bureau, j'ai animé une réunion et en revenant à mon bureau, j'ai vu que "Des hommes et des dieux" avaient reçu le César du Meilleur Film... Rien à voir donc sinon un grand sourire de voir ce très beau film récompensé. Ca fait partie des rares films que j'ai vus au cinéma depuis... 5 ans maintenant:-) et pas dans l'avion ou sur un ordinateur ou avec un rétroprojecteur et un grand drap blanc.

Et en le voyant en octobre dernier en France, j'avais été replongée dans l'ambiance très particulière de l'Algérie, de l'année que j'y ai passée et où j'avais beaucoup lu sur le pays, son histoire, les liens avec la France qui se rétablissaient ou se normalisaient juste à cette époque... Fatalement, ces lectures m'amenaient donc à la période où les liens s'étaient déchirés avec la France une fois de plus donc le massacre de 1996 de ces moines à Tibhérine... Je me rappelle d'une messe dans le parc de l'Ambassade de France à Alger, très simple et émouvante, l'air vibrait de mille odeurs, les fleurs et les grands arbres sereins ne permettaient tout simplement pas de se représenter ce qu'avait été ce pays à peine quelques années avant. Cette année-là, entre 2005 et 2006, j'avais aussi beaucoup lu sur l'histoire de ce pays et de notre présence dans ce pays... J'avais pensé à mes oncles originaires de ce pays et arrivés en France, leur pays, sans rien y connaître, en 1962... Et j'avais aussi beaucoup écouté les Algériens et leur histoire du moment, la pauvreté et les richesses si peu partagées, le muselage permanent et les réponses que certains trouvaient (ou pensaient trouver) dans l'extremisme religieux...

A lire ce titre de la presse ce soir j'ai eu donc comme un effet de miroir sans fin: je me suis revue voyant le film en France, avec un temps ensoleillé d'automne, les feuilles mortes dans la rue... Et me sentant si profondément transportée en Algérie et touchée par ce film, sa pureté, sa sobriété, sa profondeur, sa simplicité... Et dans les semaines qui suivirent, je me rappelle aussi de mon étonnement heureux devant le succès d'une oeuvre finalement tellement à contre-courant de la surenchère de beaucoup de nos distractions actuelles:-), je me disais Ouahou tu prends quelques moines dans un coin paumé où on connait tous la fin de l'histoire, bref le synopsis qui ferait suer tout producteur sain d'esprit face à Avatar, la Princesse Raiponcé et autres Chtis, et ça donne cet engouement.. He be ma bonne dame, qui l'eût cru:-)... Je me suis revue donc, tout ça sur un rythme de zouk love en Haiti!

 

Bises à vous et bon WE,

Cha

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Vendredi 7 janvier 2011 5 07 /01 /Jan /2011 16:54

Bonjour à vous!

 

Et tout d'abord tous mes voeux de belle et bonne année, à vous et vos proches! Qu'elle soit baroque, succulente, drôle, pleine de santé, de bonheurs et de rêves!

 

J'ai passé une belle et courte semaine en Europe pour les fêtes de fin d'année... Il y eut un vol où je n'ai que peu dormi avec un passager dément menotté à l'arrière de l'avion (expérience assez traumatisante...), une arrivée mouvementée à Orly sous la neige et un passage de +25 à -5:-), une course sur des oeufs dans Paris désertée et toute blanche avec un chauffeur de taxi génial de simplicité, de fraicheur et de bon sens, un examen d'anglais et un retour bienheureux à la campagne au coin du feu... Mmmm... Ensuite ce fut Noël et les retrouvailles avec le frère, toujours trop courtes, et la famille, accueillante et chaleureuse! Puis re-Noël en Allemagne, re-examen, des moments de voiture dans un paysage raidi de froid et pleins d'échanges aussi! Ensuite, Chamonix, les 15 amis, le bonheur du ski et du ciel bleu bleu bleu, la descente de la Vallée Noire le 31 décembre sur une neige vierge, les séracs, les sommets des Alpes à perte de vue, tous là, le Mont-Blanc côté italien, la pointe des Drus, tous là, et le réveillon, dansant, spontané et délicieux! Enfin le retour à la campagne, le feu, la bonne cuisine, les longues discussions et et et... La cérémonie de la valise.... Où je constate à chaque fois que le contenu n'est pas aussi important que le fait de toucher et finalement de m'approprier durant quelques heures les objets, les livres, les habits, lire les lettres, les articles, toutes ces choses que je laisse ensuite derrière moi pendant plusieurs mois... 

 

A présent nous sommes à la veille de cet évènement qui fait respirer plus vite l'île.... La commémoration des 1 an du séisme. Ce we, de ma chambre (prison) dorée, j'ai entendu beaucoup de chants religieux, il y a beaucoup de rassemblements à Port au Prince, j'ai vu des affiches immenses pour des "croisades d'évangélisation" (si si, il y a même l'horaire pour les enfants et celui pour les adultes), les évangélistes protestants américains profitent de la tension et des rumeurs autour de cette date unique pour convaincre de nouveaux fidèles... Cet anniversaire produit aussi son lot de bilans en tous genres, d'exercices de projections, où va Haiti et l'aide, qu'avons-nous fait et autres conférences de presse, visite de grands boss et de stars... Quelques liens:

http://www.alterpresse.org/spip.php?article10502

http://www.youtube.com/watch?v=VR_Zc1Dyq68

http://www.actioncontrelafaim.org/nos-missions/nos-missions-dans-le-monde/haiti/dossier-de-presse/ (lire surtout les rubriques sous le film, c'est plutôt bien fait)

 

Mais ce que j'ai envie de donner à lire, c'est cet article d'un agronome haitien paru dans la presse il y a quelques jours, finalement sûrement le point de vue d'un citoyen "normal", celui qu'on ne rencontre que peu dans le cadre où je suis...

 

Dans une semaine, c’est l’anniversaire du tremblement de terre. C’est le 12 janvier. Jamais auparavant Haïti n’avait connu autant de victimes d’un fléau unique en une si courte durée. Jamais les Haïtiens n’avaient fait preuve d’autant de solidarité. Ni n’avaient reçu autant d’attention des étrangers. Et de la communauté internationale. Tellement d’attention qu’ils n’ont jamais eu le temps de vraiment pleurer leurs morts, comme il convient. Sauf quelques rares exceptions. Nous n’avons pas pleuré nos morts, comme il convient, parce qu’ils étaient trop nombreux. Parce qu’il y en avait encore beaucoup ensevelis sous les décombres . Parce qu’il y avait trop de monde autour de nous. Parce qu’il y avait trop de victimes. Trop de morts-vivants. Jamais dilemme n’était plus grand : pleurer des morts déjà morts ou des vivants presque morts.

Nous n’avons pas pleuré nos morts comme il convient et nous n’en sommes pas fiers. Nous ne sommes pas contents non plus. Nous n’aimons pas pleurer en public. Surtout pas devant les étrangers. Et nous n’avons pas été confortables avec l’idée de pleurer devant le monde entier. Or le monde entier était venu nous assister. Et nous regarder pleurer. Voyeurs malgré eux , mais voyeurs quand même. En dépit des apparences, nous n’aimons pas nous donner en spectacle. Ce n’est pas parce que certains d’entre nous le font à longueur de journée qu’il faut conclure que les Haïtiens n’éprouvent aucune gêne à livrer leurs émotions en public.

Autant dire qu’elle est devenue bien encombrante cette présence plurielle et massive d’amis étrangers venus nous porter secours. Ils sont venus en trop grand nombre et ils ne sont pas repartis. Ils sont venus avec trop de propositions. Trop de moyens. Trop de promesses . Ils prennent trop de décisions. Ils sont venus avec trop de savoir. Et pas assez de savoir-faire. Ils sont tellement nombreux à nous embrasser qu’ils ont fini par nous embarrasser. Que dis-je ? A force de nous étreindre et de nous embrasser, ils sont sur le point de nous étouffer. S’en rendent-ils compte au moins ?

Le 12 janvier 2011 donc, plusieurs organisations présentes en Haïti vont essayer de profiter de l’anniversaire du séisme pour se faire mieux connaitre des Haïtiens et en même temps pour convaincre leurs supporteurs financiers de l’importance des activités qu’elles ont menées en Haïti au cours de l’année écoulée .Elles insisteront aussi sur la nécessité de continuer à apporter leur contribution pour les années à venir. A défaut de réalisations concrètes et visibles liées à la reconstruction , notamment l’absence de logements pour le million de sans-abris , le peu de progrès réalisés dans le déblaiement , ces organisations , de concert avec certaines autorités locales, se préparent à exposer le 12 janvier leur vision pour cette moitié d’île. Elles accorderont interviews sur interviews et distribueront des vidéos-cassettes décrivant les prouesses de leurs organisations et les sacrifices consentis par leur staff pour venir en aide aux Haïtiens . Il y en a qui rappelleront pour la énième fois qu’ Haïti est le pays qui reçoit le plus fort volume d’assistance au monde. Juste après l’Afghanistan . Et toutes réitéreront avec des chiffres nouveaux ou recyclés leur soutien au peuple haïtien.

Pour certaines ONGs, la lutte contre le choléra sera aussi à l’ordre du jour le 12 janvier , même s’il y a eu quelque déception du fait que ce fléau ait apparu là où on ne l’attendait pas. En effet, la logique du désastre voudrait que le choléra apparaisse d’abord dans les camps pour se répandre ensuite dans le reste du pays. Et plusieurs organisations avaient préventivement annoncé cette explosion dans les camps. Mais c’est le contraire qui s’est produit. Le choléra est parti de l’Artibonite et- pas des camps des sinistrés- et se répand dans le reste du pays, comme avec une vengeance. Il est important que l’ONU/MINUSTAH accepte les conséquences inhérentes aux conclusions scientifiques sur l’origine de ce fléau en Haïti. Jusqu’à présent, on semble vouloir trop banaliser cet aspect.

Je trouve normal que des organisations qui ont effectivement œuvré toute l’année en Haïti utilisent la période de l’anniversaire du séisme pour parler de leurs activités. Et même pour faire de la propagande et des plaidoyers pro domo. La seule chose que je prends la liberté de leur demander c’est de ne pas organiser des activités publiques de commémoration, de célébrations ou d’inaugurations de quelque nature que ce soit le 12 janvier 2011. Je suggère qu’elles choisissent pour leurs manifestations n’importe quelle date de janvier, sauf le 12. L’idée c’est de laisser la date du 12 aux Haïtiens pour qu’ils puissent enfin communier seuls avec leurs morts. Que nos amis étrangers nous laissent seuls pour un jour au moins. Pour un seul jour . Qu’ils nous laissent seuls le 12 janvier 2011 et , pendant quelques années, tous les 12 janvier à venir. Je voudrais insister là-dessus : je ne demande qu’un jour par année, à partir de 2011 pour nous permettre de pleurer nos morts , de communier avec eux , de réfléchir sur ce qui nous arrive. D’essayer de comprendre comment et pourquoi nous sommes arrivés là où nous sommes. Nous avons besoin de retrouver un peu de paix ce jour-là. Seuls avec les nôtres.

J’espère que nos amis étrangers comprendront. Que les ambassades comprendront. Que les multilatéraux tout comme les bilatéraux comprendront. Que les ONGs comprendront. Que la MINUSTAH, l’ONU, l’OEA , le CARICOM et « tous les amis d’Haïti »comprendront. Nous avons besoin d’être seuls pour nous retrouver. Des compatriotes m’ont même dit qu’ils ont une certaine nostalgie du temps où nous étions tout seuls. Cela n’allait pas très fort, c’est vrai. Mais, cela ne va pas fort non plus aujourd’hui que nous ne sommes pas seuls. Nous aimerions nous approprier totalement le 12 janvier. C’est en quelque sorte le seul geste de souveraineté qui soit réellement à notre portée pour le moment. Bonne année 2011.

 

Bises à vous,

Cha

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Jeudi 2 décembre 2010 4 02 /12 /Déc /2010 05:54

Les petites filles au bord du lac de Jaïpur... Un beau moment de jeu!P1010225.JPG

 

Bonjour à vous!

 

Aujourd'hui n'est pas coutume, je ne parlerai pas d'Haïti mais de mon périple en Asie, plus précisément au Pakistan et en Inde... Et pour une raison bien précise: ça y est, enfin, j'arrive au bout de mon henné sur les ongles! En arrivant à Delhi le 22 juillet dernier, je comptais poser mes affaires "de ville" chez un ami (c'est à dire les robes et jupettes pour la venue d'Angélique et notre virée tourisme "dans les plaines" fin août) et embarquer directement pour mon périple terrestre en direction des montagnes pakistanaises: Delhi Amritsar 12h de train puis Amritsar frontière pakistanaise 1h de taxi puis frontière Lahore 1h de taxi. A la douane? Entre 20 minutes et.... On ne sait pas, donc on se prend une bonne marge pour ne pas arriver de nuit à Lahore, capitale culturelle du Pakistan, ville mythique (enfin dans mes mythes!) des Moghols avec ses palais, ses jardins suspendus de Shalimar (eh oui le parfum), mais quand même aussi ville pakistanaise en 2010 avec le contexte qu'on connaît, parfois un peu troublé.

J'arrive après une nuit de vol de Paris dans la moiteur de Delhi qui s'éveille... Ciel de lait crémeux et un peu gris de pollution aussi... Je prends une douche (bonheur absolu) et un petit déj chez JP et sur le pas de la porte, au moment du départ, il me demande si j'ai bien fait mes formalités pour re-rentrer après 1 mois en Inde. Ô rage, ô désespoir, je réalise que pour la première fois depuis que je voyage, je me suis fourvoyée! Etant légèrement angoissée par le fait de devoir demander un visa indien et un visa pakistanais, tout ça avec un passeport plein de visas afghans et dans un délai très court en Juillet en France, j'ai omis cette nouvelle règle qui a cours en Inde depuis quelques temps: on doit laisser un délai de 2 mois entre chaque entrée dans le pays! Argh, tous les scénarii possibles se dessinent: abandonner la rando autour de Skardu dans le Karakorum pakistanais, un rêve intense de quelques années déjà? Impossible. Annuler la venue d'Angie et rester 2 mois au Pakistan (alors qu'Angie a annulé son voyage en Colombie avec moi en avril à cause d'un volcan islandais)? Impossible aussi. Il ne me reste plus qu'à affronter les terribles fonctionnaires indiens et demander une dérogation... Je reste donc à Delhi, suis balladée pendant 3 jours de ministère en ministère avec des réponses différentes à chaque fois (et je passe les détails de faire la queue 5h debout et collés-serrés avec toutes les nationalités possibles et imaginables, avec un numéro griffonné sur un petit papier au stylo bille qu'il ne faut surtout pas perdre sinon vous êtes invité à revenir le lendemain! Et je passe encore tous les milliards d'autres petits détails de ces visites dans les Ministères... On envisage mieux dans ces cas-là ce que vivent les immigrés en France...) et me décide à tenter le tout pour le tout en allant à la frontière.

Une nuit de train plus tard, je suis à la frontière où on me garantit que, oui, je pourrai re-rentrer dans 1 mois car mon billet d'avion part bien de Delhi pour rentrer en France... L'arrivée à Lahore me saisit: la ville a cette ambiance magique que j'avais rêvée, électrique, pétrie de culture, d'odeurs, de raffinement... Et aussi, le Pakistan me fait tellement penser à ma chère Afghanistan! Je vais à la célèbre citadelle de la ville et à sa mosquée non moins célèbre... J'erre sans fin dans le magnifique musée de la ville dont le père de Rudyard Kipling a été le conservateur, avec ses fréquentes coupures d'électricité et ses statues gandharas majestueuses... Mais je m'égare, où sont les ongles au henné:-)

 

La route continue par un bus bien agréable vers Islamabad où je loge chez une amie d'amie qui travaille pour l'Ambassade du Canada. Pendant 48h, un monde climatisé et confortable... Et la route reprend pour les montagnes du Karakorum, il a commencé à pleuvoir la nuit précédant mon départ et la journée entière de rude montée sur cette route (exploit des années 70 pour relier la Chine au Pakistan) entre ciel et terre avec les 8000 comme voisins se fera sous une pluie drue. Je me fais la réflexion que j'ai hâte de monter en altitude pour qu'il pleuve moins! Le bus pétarade, j'ai les genoux au menton, ça sent fort l'homme qui ne se lave pas souvent (à part 2 Pakistanais qui lisent le Times et m'ont tout l'air d'être des férus de montagne), et soudain vers 18H, à la nuit tombante, nous sommes arrêtés par la pluie. Elle a entraîné la route dans l'Indus en contrebas! Une longue file de véhicules se forme, les passagers descendent et se renseignent. Peut-on passer quand même? Il s'avère que non. Mes 2 férus de montagne sont des Pakistanais qui parlent parfaitement l'anglais et vont devenir mes copains de galère. Je fais sensation, nous sommes au milieu des zones pachtous du Pakistan, les femmes ne sortent que pour des occasions exceptionnelles. Le chef du village nous invite à passer la nuit chez lui, mes 2 compagnons sont au RdC avec les hommes et les invités, je les y rejoindrai pour dîner mais en attendant... Je fais la joie des femmes de la maisonnée! On me prête des vêtements car les miens sont trempés.... On me parle, je joue avec les enfants, un homme de la maison fait la traduction, je suis assaillie de questions... Je me sens comme un énorme cadeau d'ouverture vers le monde pour elles alors que ce sont elles qui m'ouvrent les portes de leur foyer!

Et ensuite commence la cérémonie du henné. Deux femmes à chaque main et chaque pied, j'ai donc 8 femmes qui s'affairent... Ca va beaucoup trop vite pour que je réagisse, parce qu'en attendant, j'ai toutes les autres donc une 15aine environ qui continuent à me solliciter dans leur sabir entre gestes et pachtou... Et mes ongles se retrouvent peints! Argh!

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Parce que je sais que le henné reste sur les ongles... Jusqu'à ce qu'ils aient repoussé! Alors ensuite j'aurais pendant mon périple en montagne, pendant mon vagabondage en Inde, pendant mon retour en Europe et pendant mes premières semaines en Haiti ces doigts légèrement orangés:-) qui me rappelleront cette expérience au bout de cette route cassée par les pluies... Ces pluies qui vont déclencher les énormes inondations que l'on a vues en Août au Pakistan... Eh oui, c'en étaient les premiers jours. Ces pluies qui vont déclencher aussi beaucoup de débats sur le sens du don de chacun et sur l'engagement de la communauté internationale: est-ce que je donne plus facilement quand les femmes ne sont pas voilées ou quand le pays n'a pas une "mauvaise" image d'arrière-base d'extrêmistes etc etc? Douloureux débat que cette instrumentalisation quand la misère touche de la même manière le Port-au-Princien ou le Pachtou...

 

Quelques images de la suite.... J'ai quand même réussi à arriver dans les montagnes (par avion!) et le K2 nous est apparu un beau matin de pureté totale...

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Jaïpur et ses lacs mordorés et Amritsar et le Temple d'Or, le haut lieu de culte du sikkhisme, un endroit magique...

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Jaïpur et ses temples colorés...

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Mon premier 6000! Le Stok Kangri, 6160 mètres, début septembre, et la vue autour de nous... 

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 Le lac de Tso-Moriri, à plus de 4000 mètres, un bleu éblouissant... Une rando d'une dizaine de jours de dénuement, de froid, d'amitié et de solitude, de paysages au bout de tout et plus loin encore...

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 Une belle photo de gare indienne...

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Et enfin encore une photo de notre rando au Sud de Leh entre le Tso Kar et le Tso Moriri...

 

Bonne soirée à vous!

Je me prépare quant à moi à rentrer quelques jours en France pour les fêtes de fin d'année, que je vous souhaite chaleureuses et sereines!

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Mardi 23 novembre 2010 2 23 /11 /Nov /2010 23:49

Coucou à vous,

 

J'ai passé un merveilleux samedi... J'ai retrouvé une amie d'Afghanistan à Petit-Goâve, une jolie bourgade à 2h de route à l'Ouest de Port-au-Prince. Le plus long est toujours de sortir de la ville, on passe par Martissant, un quartier populeux, populaire et très densément peuplé... Les marchés sont au bord de la route, entre les caniveaux et les tas d'ordures, avec les légumes multicolores posés à même le sol... Les taxis collectifs colorés, la foule bigarrée et pleine d'une folle énergie, les boutiques artistiquement peintes et aux noms très souvent religieux (Taxis Au Bon Secours, Garage Le nom de Jésus... Et tout à l'avenant!),  le soleil écrasant, l'eau qui coule, sale et chargée.... Les dispensaires sont pleins, la foule fait la queue dehors... Les affiches électorales sont bigarrées, tout cela compose un tableau primitif comme le décrit Dany Laferrière...

La mer apparaît tout à coup, d'un bleu limpide et incroyablement turquoise, d'une uniformité presque reposante après toutes les couleurs de la vie ici. Nous la suivons, la route se fraie un chemin à travers des paysages de plus en plus verts, denses de bananiers et non plus d'habitants! On est à présent à la campagne, dans les mornes, ces plaines qui font ce pays, des collines vertes et douces à perte de vue.

 

A Petit-Goâve, l'ONG de ma pote organise un festival d'art. Ils ont ouvert le jardin de leur maison pour une journée aux artistes et artisans de la ville, après avoir découvert de multiples talents, et réalisé que ces talents n'avaient aucun lieu pour faire parler d'eux...

 

Quelques photos....

 

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Un poète a déclamé ses vers, poignant dans le silence de la foule attentive

Une gracile ado de l'académie d'art de la ville a raconté l'histoire de la petite feuille qui voulait revenir en Haïti, confondante de naturel et d'émotion

Une troupe de jeunes hommes a rejoué la bataille du 18 Novembre 1803 au cours de laquelle les Haïtiens ont battu les troupes d'un certain Napoléon (jour férié en Haïti le 18 novembre...)

La même troupe a ensuite joué le destin d'Haïti et un certain 12 janvier 2010, moment de silence et de catharsis hyper fort pour tous les spectateurs muets réunis dans ce jardin lumineux et tendre

Des rappeurs ont slammé et la foule a dansé, pieds nus dans l'herbe

Les spectateurs ont peint un tableau qu'un peintre a ensuite transformé en vrai tableau... Il y avait une colombe, une femme et un ventre ou une terre déchiré(e)... Haïti ou l'enfantement, Haïti ou la mort partout...

J'ai découvert une Haïti dont l'âme est artiste, le sang comédien, la terre tueuse et vénérée tout autant, le sens de la fête intact et l'énergie de vie incroyable et aussi mutilée...

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Mercredi 17 novembre 2010 3 17 /11 /Nov /2010 00:20

Coucou à vous,

 

Le samedi, beaucoup d'entre nous vont à Pétionville. Pétion est la banlieue résidentielle de Port-au-Prince, plus haut dans les collines au-dessus de la mer. En gros comme souvent dans ces régions, les quartiers les plus proches de la mer sont aussi les plus populaires, les plus densément peuplés, ceux où la chaleur est la plus écrasante et la salubrité la plus discutable... Ensuite, une série de petites rues montent (souvent de manière très raide... Pour vous donner une idée, je trouve Marseille moins pentue!) vers les quartiers résidentiels et un peu plus cossus, comme Pacot, où nous habitons et travaillons. Nous sommes, quand il n'y a pas de blocus (le mot créole pour parler d'embouteillage!) à 15 min en voiture du centre, c'est-à dire du Palais présidentiel, de la cathédrale détruite et du Champ de Mars pour ne citer que quelques-uns des monuments et places centraux. De Pacot, il faut une bonne vingtaine de minutes de montée en voiture pour atteindre Pétion. On passe par une route à flanc de colline le long de laquelle se dressaient de belles villas, de beaux hôtels avec de grandes pelouses bien vertes derrière de grands murs... Certains n'ont pas bougé le 12 janvier, d'autres ont trop bougé pour pouvoir ré-ouvrir... Et surtout, autour de tous ces murs, dans les moindres espaces laissés libres par les gravats et sur les bords de cette route entre Port-au-Prince et Pétion, se dressent des centaines, des milliers de tentes, de tôles, d'habitations précaires et normalement temporaires (le temporaire durant déjà depuis bientôt 1 an...) accrochées aux flancs des collines. Impressionnant.

 

En arrivant à Pétion, dans les hauteurs où l'air est frais et le confort de vie nettement plus visible, nous roulons dans le centre, peu touché par le séisme, où les boutiques, restaurants, supermarchés, librairies et autres galeries d'art ont vite ré-ouvert en janvier et voisinent avec des places surpeuplées de tentes, de douches, de latrines, de toute une vie qui s'est organisée dans le moindre espace public disponible. A côté de ces camps de fortune, les Haïtiens aisés, dans leurs 4*4 rutilants, vivent une vie quasi-occidentale et très influencée par leurs voisins américains. J'ai été dans un institut de beauté où l'esthéticienne m'appelait Chérie tout en roucoulant avec ses clientes beaucoup plus blanches de peau que nos bénéficiaires dans un sabir moitié anglais-créole à propos de la dernière nouveauté au rayon des shampoings colorants! Au moment du paiement, elle m'a demandé 60 Dollars, j'ai failli hoqueter de surprise... Avant de comprendre qu'elle parlait de dollars haïtiens, introduits dans le pays dans les années 60 et durant quelques décennies... A l'époque comme m'a redit un de nos employés, le cours était de 1 USD haïtien pour 1 USD américain! A présent, la monnaie nationale est la Gourde haïtienne (ça ne s'invente pas) dont le cours est de 40 gourdes pour 1 USD américain... Mais tout le monde continue de parler en USD haïtiens alors qu'ils n'existent plus! On vous donne donc une addition avec 60 écrit dessus, c'est évident pour tous que vous allez payer en Gourdes en faisant le calcul qu'1 USD haïtien est environ de 8 gourdes... Ah oui, et plein d'endroits chics ne vous donnent le prix qu'en USD américains! Allez retrouver vos petits... Et tout ça est devenu encore plus drôle quand je suis allée dans un magasin de tissus en essayant de trouver de quoi couvrir un gros fauteuil présent dans ma chambre, certes confortable mais d'une couleur assez peu définie... J'en trouve un joli à rayures blanches et bleues, et la discussion commence entre l'aune, unité de mesure habituelle ici et qui correspond à 1,15 mètre, les pouces et autres feet de la vendeuse et le mètre de mon côté! J'ai bien ri car la vendeuse ne me parlait qu'en USD américains et ne savait pas me donner le prix en Gourdes... Preuve que des mondes se côtoient sans se toucher, ou si peu...

Conclusion, je n'ai pas pris le tissu qui était en piteux état et trop cher, j'attends mon tissu mexicain fétiche pour colorer ma chambre... Mais la tranche de vie et la discussion avec cette propriétaire de magasin valaient son pesant de cacahuètes (que je ne mange pas, je précise, car d'une part, il y a bien mieux à se mettre sous la dent ici avec les avocats et autres fruits tropicaux délicieux qu'on épluche scrupuleusement et d'autre part, les cacahuètes sont conditionnées ici, avec des mains d'ici, pas forcément chlorées selon les standards MOP1 et ça n'inspire pas confiance actuellement avec les microbes qui traînent...)!

 

Autre expérience, le supermarché où tout le monde se presse le samedi avec parking, gardiens en livrée et le même choix que dans le plus grand de nos centres commerciaux, tout ça avec clim' and co... On peut tout acheter si on y met le prix... C'est très cher et les ONGs n'achètent pas pour vous résumer la situation:-), en revanche les employés des Nations Unies et les Haïtiens habitant à Miami, eux achètent, oui! En partant, nous avons stoppé un petit vendeur de rue de cigarettes. Les locales s'appellent Comme il faut et il n'y a pas de message anti-tabagisme dessus:-), elle coûte 500 gourdes la cartouche et conviennent surtout aux expats d'ONGs qui s'enfument les poumons à un rythme assez effréné. Pourtant vous me connaissez, je suis aussi amatrice à mes heures perdues avec un bon Bordeaux (ou rhum haïtien car le Bordeaux, ce sera pour la France...:-)), un fondant ou un vrai expresso (bon finalement tous mes exemples seront plutôt pour mon prochain passage en France!), mais là j'avoue que je suis dépassée, et de loin, par mes petits camarades. Et une particularité que je n'ai vue nulle part ailleurs pour l'instant dans mes vagabondages: les Haïtiens sont de petits fumeurs et la cigarette est très mal vue ici! Influence des "sectes" chrétiennes du grand frère américain et qui pullulent ici? Je n'ai pas encore démêlé le mystère... Toujours est-il que nous arrêtons la voiture, le chauffeur demande en créole au vendeur combien coùte la cartouche... Et là, j'entends le kilo! J'aime beaucoup le créole car il est facile à comprendre pour nous Français et très imagé! La cartouche est ici le kilo, c'est pas génial ça? Et le vendeur, habitué à vendre les cigarettes à l'unité, de se mettre frénétiquement à sortir tous ces paquets de cigarettes disponibles... Véro lui a fait sa vente de la semaine, il était ravi, et nous sommes reparties avec le kilo de clopes!

 

J'ai été aussi à l'hôtel Oloffsson, tout en charme suranné avec ses murs en bois peints de blanc, ses parquets craquants, ses serveurs en livrée blanche (un sosie de Uncle Bens, très vénérable, chaussait ses lunettes sur le bout de son nez pour recompter la monnaie avec son accent chantant...), son bar patiné et décoré de photos noir et blanc... J'y ai été écouter un concert et boire un rhum sour (rhum avec citron) en regardant la chaleur caribéenne s'exprimer sur la scène et la piste:-).

 

Et puis j'ai quitté Port-au-Prince pour quelques heures le dimanche! Pour aller à... La plage! Incroyable mais vrai, je suis en mission humanitaire dans un pays dévasté qui a été la perle des Caraïbes, et pour cause... A 2h de la capitale bruyante, surpeuplée, aux rues pleines de gravats, de tentes, de marchés improvisés au milieu des tas d'ordures et aux bâtiments qui ont l'air de chewing-gums ayant survécu à une catastrophe post-nucléaire.... Le sable, les collines douces qui tombent dans une mer turquoise, les manguiers lourds de fruits et les champs de bananiers qui murmurent doucement au souffle du vent chaud... Les langoustes géantes fraîchement pêchées et grillées sous nos yeux, la sensation de bien-être après avoir longuement nagé en regardant les petits poissons et les coraux... L'oubli du choléra, des 40 contrats d'urgence en cours, des 50 collègues, des règles sécu, de la pauvreté et de la misère partout partout partout...

Pendant quelques instants, le temps se suspend... J'oublie cette fille-mère, enceinte de 7 mois (il y a eu une augmentation forte des grossesses, très souvent non désirées, suite au séisme... Promiscuité, vulnérabilité des femmes...), en train de se construire un avenir d'indépendance financière et une conscience maternelle dans un de nos programmes, atteinte du choléra, prise en charge, soignée... Et qui perd son enfant. Ou ce récit d'une de nos psys qui suit une famille autour d'un enfant malnutri et comprend peu à peu que la famille, sans même vraiment s'en rendre compte, laisse l'enfant mourir.... L'enfant né 2 jours après le séisme et déjà orphelin de son père qui gît sous les décombres... L'enfant finalement symbole de tous les malheurs de la maisonnée... Ou moins morbide mais tout aussi absurde et révoltant, les programmes bloqués et en attente de validation car le bailleur veut te financer tes pastilles de chlore ou tes équipes de prévention de la malnutrition mais pas les voitures qui amènent les équipes aux sites de distribution... Ou mieux, les bailleurs qui veulent te financer de l'eau mais pas les latrines! Et ils font comment les Haïtiens? Eh bien oui c'est miraculeux, ils boivent de l'eau propre et ils ne vont plus aux toilettes, plus besoin! On en rit souvent pour ne pas pleurer de tout ça, pour reprendre la bonne vieille formule!

 

En parallèle, je pense à mes amis afghans, qui ont encore entendu le bruit des bombes à Jalalabad et Kaboul au milieu d'un 9ème "anniversaire" (je mets les guillemets car où sont les bougies et les rires et la paix) de libération du régime taliban... Je leur souhaite un bon Eid ainsi qu'à tous les musulmans! Et un bon anniv à Papa aussi, allez hop je continue, j'ai bien pensé à toi aujourd'hui, alles Gute zum Geburtstag!

 

Bises tout moun (ça veut dire à tous!)

Cha

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