Coucou à vous,
Ca fait un bail, un terriblement long bail... 4 mois, il s'en est passé tellement depuis!
J'ai continué à ma place d'adjointe du calife à apprendre, apprendre, apprendre, commencé à sortir la tête de mes idéaux tellement prenants par moment... Eté sur le terrain, vu des bailleurs et autres décideurs, mis en place des projets, encore des projets... Me suis sentie bien, puis mieux encore à mener tout ça... Ai préparé mes premières vacances hors du pays avec une amie venant me rendre visite dans mon pays de travail, si si! Pour la 1ère fois... A la fois impression qu'il y a comme un voile qui va tomber, que peut-être la perception qu'elle avait de ma vie de mon travail de tout ici ne va pas recouvrer la réalité, en même temps c'est ça aussi la vie accepter et avancer... Ce fut fort fort cette visite et ça a coincidé avec l'offre de devenir calife tout court..., puis nous sommes parties en Floride! Quel décalage, quel choc! Miami et ses avenues Art Déco, les Everglades et ses crocos, Key West et sa barrière de corail en même temps que son fantôme d'Hemingway et ses étudiants en vacances de printemps et en gros lâchage, les outlets, les photos Hipstamatic, les restos aux portions de géant... Et une belle complicité, entente rare...
Puis les mois d'avril et de mai, la décision mesurée, ou pas finalement:-), de dire oui et de devenir calife de la grosse machine que je m'efforce de mener depuis 2 mois et quelques maintenant... Un nouvel apprentissage donc, d'une autre ampleur encore... De longues et passionnantes heures, de durs et durs moments, du doute, des sourires et des regards en biais aussi, se mettre dans cette nouvelle peau, traverser des zones d'ombre et de lumière... Et toujours ces idéaux, cette révolte devant les conditions de vie que je vois, cette admiration de la force des Haïtiens, de cette façon de se tenir droit malgré tout...
Des anecdotes aussi comme ce décideur connu comme de caractère difficile parmi les décideurs, et aussi respecté pour son engagement humanitaire affiché haut et fort, qui au détour d'une réunion stratégique, me dit "Oh ça non je ne me m'inquiète pas, vous n'avez pas le profil de quelqu'un qui finit par oublier ses idéaux!"
Des moments à me laisser un peu vivre aussi:-), danser la salsa, passer du temps avec un qui me fait du bien, beaucoup de bien, même s'il part trop vite du pays, les discussions avec les amis et les éclats de rire par Skype entre Kaboul, la frontière iranienne avec les chevaux bloqués, Téhéran, Paris, Kiev, Beyrouth, Freiburg, Zürich, Condé, Verneuil-sur-Seine... Nager dans les eaux turquoises de la mer des Caraïbes, s'éblouir en offrant ses yeux au soleil de ce pays, rêver devant les étoiles et dans la brise du soir, acheter un tableau qui n'a pas quitté mes yeux depuis plusieurs mois et qui coûte la bagatelle de plus d'un mois de salaire, est-ce qu'on ne vit qu'une fois?:-), oui on ne vit qu'une fois, des moments durs aussi avec une grande douleur d'amitié, finalement qu'est-ce qu'être vraiment adulte sinon accepter aussi ces blessures d'enfance qui régissent aussi ce que nous sommes, parfois je sombre et ne vois que mes zones d'ombre... Du noir quand des bénéficiaires ou des membres de nos équipes décèdent, des creux au coeur du fait même d'être dans ce pays et de ne pas se voiler les yeux... L'immense soleil quand j'apprends que je vais être tata en décembre, cette bouffée d'amour immédiat inconsidéré présent là tout de suite et ce dialogue qui commence avec cet être à venir...
Juin arrive que je passe principalement à Paris... Des réunions, de l'apprentissage beaucoup, des rencontres intéressantes et souvent un peu les projecteurs braqués sur Haïti à travers ma présence... Des moments de lumière avec la pluie de bébés de mes amies, Gabriel, Octave, Philomène, la joie de voir Yaël et Mona grandir et de parler longuement à Solène grande fille de plus en plus, le bonheur de passer du temps précieux avec les amis, la famille et avec le même un... Petit-déjeuner Hermé, admirer Redon et Bonnard, sentir l'odeur de l'herbe après la pluie en Normandie, la fouler, humer les étoiles de la nuit.... Et rentrer, retrouver les 450 employés et 45 expats, dépasser le classique syndrome de blues du retour, penser à soi autant que possible tout en se donnant pour que ça avance au mieux avec des moyens parfois pas suffisants...
Juillet à présent est là, je suis aux Gonaïves pour une vraie semaine, cela faisait tellement longtemps que je n'avais pu venir ici autrement qu'en coup de vent, n'ayant toujours pas d'Adjoint et ayant aussi beaucoup d'obligations dans la capitale... Maintenant que la saison des pluies a commencé, le choléra reprend... La saison des cyclones arrive elle aussi, à préparer donc pour pouvoir réagir... Tout en prenant de la hauteur et en faisant l'exercice annuel de se projeter sur 2012 et au-delà... Journées chargées et denses donc au cas où vous en doutiez encore:-)
Un petit extrait de chanson (une fois n'est pas coutume) pour terminer sans n'avoir rien à voir:-) et vous donner une parmi tant de paroles chantées, imprimées, dites, écrites qui m'accompagnent...
"A chacun sa ruée vers l'or, j'accélère à travers la brume
Puisque mon temps est limité, mes choix doivent être à la hauteur
C'est toujours la même chevauchée, on vise la lueur droit devant
De l'ombre ou de la lumière
Lequel des deux nous éclaire"
Je vous embrasse et vous souhaite un bon premier dimanche de Juillet!
Cha